La session 2012 du Festival Hors Saison d’Arcadi est construite autour des relations à la musique. Une journée à La Ferme du Buisson, l’occasion de revoir ou de découvrir les pièces de créateurs émergents. Quelques surprises, plus ou moins bonnes et une confirmation : Poetry de Maud Le Pladec.
Poetry est le second volet d’un diptyque attaché à l’exploration de la zone de contact entre la danse la musique suite à la découverte des recherches du compositeur italien Fausto Romitelli, mélange explosif de musique savante, de rock fulgurant et de montées d’acide électroniques. Professor peut sans doute être considérée comme une pièce narrative qui s’essaie à traduire l’ensemble de la partition par le geste. D’une très belle qualité formelle, Poetry serait plutôt une abstraction. Elle décompose une autre pièce de Fausto Romitell – Trash TV Trance – afin d’en extraire rythme et pulsations. Maud Le Pladec synthétise la précision de son analyse musicale dans une pièce trépidante et réjouissante.
Au centre du plateau, Tom Pauwels poursuit la partition initiale, l’étire, la met en boucle. Après l’étrange et inquiétant professeur, il incarne le prête d’un mystérieux rituel rock. Sa guitare électrique transmet aux corps de Maud Le Pladec et Julien Gallée-Ferré un formidable courant alternatif, en continu. Les deux danseurs apparaissent comme les pratiquants de ce culte inconnu.
Activés par les pulsations, ils ne cessent de battre le rythme. Ils l’incarnent grâce à des motifs gestuels eux aussi mis en boucles, pris dans un système vibratoire sans faille qui mène à l’éblouissement. La répétition inexorable agit les danseurs prisonniers d’un maillage de vibration qui les dépasse et qu’ils ont contribué à créer. En parallèle, en série ou hors-circuit, continuellement sous tension, leurs gestes poursuivent un fréquence commune.
Entrelacs entre les différents flux, Poetry parvient à faire coïncider méthodiquement sa forme et son propos. Les corps deviennent particules en mouvement perpétuel, ils s’attirent et se repoussent, parties d’un même tout.
D’oscillation en oscillations, la fréquence enfle et progresse à travers l’espace. Le flux de photons orchestré par Sylvie Mélis joue en surimpression, accompagne l’inexorable montée en puissance. Images, mouvements et sons entrent en résonance jusqu’à saturation : le son se réduit à un grésillement, le mouvement s’épuise et le spectateur est éblouit par une lumière blanche, totale.